AICO

Association d'Imitation du Chant des Oiseaux

La longue histoire du chilet (2)

Les fabricants d'appeaux

Actuellement, il existe deux manufactures de chilets en Provence.

La première et aussi la plus ancienne a donc été créée en 1868 par Théodore Raymond et c'est aujourd'hui son arrière petit-fils, Bernard qui la gère, en Lozère à Saint Jean La Fouillouse.
(http://www.appeaux-raymond.com/)

La seconde a été créée en 1924 par M. Foulquière, un ouvrier de Raymond, à Carpentras, et reprise en 1956 par Jeannot Baud, le père de l'actuel dirigeant, Hélen Baud.(http://www.appeaux-helen-baud.com/)

Les deux manufactures concurrentes ont été longtemps voisines, toutes deux implantées dans le Vaucluse, dans un département réputé pour ses bons lieux de passage, notamment sur les contreforts du Ventoux.

Les matériaux utilisés sont somme toute classiques puisqu'on y retrouve le laiton ou le maillechort, le bois, le caoutchouc, le plastique et le cuir. S'il existe d'autres fabricants d'appeaux en France, ils travaillent généralement le bois et n'offrent donc pas toute la gamme de chilets que nous utilisons pour les grives. Seuls les Italiens et les Espagnols fabriquent également des chilets en métal, mais le rendu n'est pas aussi bon et pour preuve, certains concurrents de ces pays n'hésitent pas à utiliser des chilets français lors des épreuves du championnat d'Europe, chaque année !

Les chilets de Raymond et de Baud sont donc fabriqués en laiton, laiton écroui ou laiton recuit (plus malléable que le premier). Cette matière permet de fabriquer des appeaux de bouche qui peuvent être considérés comme des instruments de musique. Pour éviter l'oxydation ils sont souvent nickelés.

Fabriquer un appeau demande beaucoup de temps, de patience et de mémoire (surtout auditive). Cela nécessite une observation attentive de l'animal dans son milieu naturel, observation durant laquelle le créateur notera et analysera les cris et chants (chant émis par un mâle, une femelle, un juvénile ou un adulte), les attitudes (alerte, agressivité, satisfaction, appel, fuite, cri en vol, appel de détresse, chant d'amour) ainsi que les périodes auxquelles elles sont liées (saison, moment de la journée …).

Tout ceci demande de longues heures d'écoute.

Ensuite un prototype est élaboré qui permettra de tester la validité des sons émis, par comparaison avec les enregistrements originaux mais aussi par observation de la réaction des congénères lors de son utilisation.

Après différentes retouches et mises au point, on arrive enfin au modèle final qui pourra être fabriqué en série. Les chilets que nous utilisons au poste ou à l'agachon ont ainsi souvent pris des années de travail pour arriver à nous satisfaire.

La plupart des chasseurs utilisent donc ces chilets si minutieusement fabriqués. Certains toutefois n'hésitent pas à apporter leur petite touche personnelle pour obtenir l'instrument qui leur convient le mieux.

Les chilets artisanaux

Cau normal

Caù classique

     

Le chilet qui suscite le plus d'ingéniosité chez les chileurs, est le caù du merle. Réalisé sur la base d'un caù normal, vendu par les deux fabricants, chacun y va de sa part de créativité et d'imagination pour en faire un objet personnel. Le principe général est de créer une caisse de résonnance qui va rendre le son plus sourd.

Élaborés en métal (cuivre ou fer), plastique ou bois, ces cônes dans lesquels on insère le chilet de base sont prolongés d'une extrémité en forme de tube qui en rend l'utilisation plus aisée. On procède par petites aspirations successives qui permettent d'imiter le "tchouc, tchouc …" du merle. La force d'aspiration permet de moduler le son émis.

Cau plastique

Caù en plastique

Cau cade

Caù en cade

Cau fer1

Caù en fer avec petit embout

Cau cuivre

Caù en cuivre

Cau fer2

Caù en fer avec gros embout

Cau fer blanc

Caù en fer blanc

Cau bois plast

Caùs en bois et en plastique

Dans le Var, où l'on pratique une chasse particulière au merle, dite "chasse au caù", on utilise des caùs légers, terminés par un petit embout, que l'on peut conserver en bouche. Pour cette chasse, le chasseur se dissimule dans un fourré, dans un lieu connu pour sa fréquentation par les merles (généralement des vallons pourvus d'arbustes porteurs de baies nourricières). Il imite le chant de l'oiseau à l'aide de son chilet et attend qu'un merle lui réponde. Un véritable dialogue s'instaure alors entre l'oiseau et le chasseur. Petit à petit, l'oiseau se rapproche du chasseur imitateur. Dès que celui-ci l'aperçoit, il doit rapidement le tirer avant qu'il ne découvre la supercherie.

 

Les chilets à grive, bien que courants chez les fabricants connus, sont aussi l'objet d'une fabrication artisanale. Ainsi Bernard Etienne, grand champion de chilet, a mis au point son propre chilet à siffleuse ou chiqueuse qui a priori ressemble à l'appeau traditionnel, mais qui en fait diffère légèrement dans l'épaisseur et dans la forme des deux faces. Le résultat est un son merveilleux et d'une finesse incroyable. Il n'y a qu'à l'écouter au cours des concours !

Comme les professionnels, il lui a fallu de nombreux essais pour arriver à ce résultat.

Chilet siffleuse

Chilet à siffleuse maison

 

Chilet cartouche

Chilet à alouette

 

 Autre exemple de l'ingéniosité de nos chileurs, ce chilet à alouette, imaginé par Claude Caffo, composé d'un chilet classique fixé dans une jupe de cartouche. L'ajustement de la longueur de la jupe se fait au fur et à mesure, jusqu'à ce que l'on obtienne le son voulu. Facile à utiliser, il permet de laisser les deux mains de libres pour le tir.

 

 

 Enfin, magnifique pièce fabriquée par un vieux chasseur de l'Aude, ce chilet à perdreau, conçu à partir d'un roseau et d'une corne de vache dans laquelle des trous ont été percés, à l'image d'un instrument à vent, permettant de moduler le son. A ce niveau-là, on peut vraiment parler d'art !

Cau perdreau

Caù à perdreau

       

Chiler n'est donc pas seulement un art pour certains, c'est aussi l'occasion de faire preuve d'ingéniosité et d'un talent manuel certain dans la réalisation de leur instrument. Même si l'on peut trouver des chilets tout à fait corrects chez les fabricants de la région, rien ne vaut un chilet que l'on a mis soi-même au point ou conçu à partir d'un modèle classique, tant il est plus près de nos besoins et de notre façon de chiler.

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