AICO

Association d'Imitation du Chant des Oiseaux

La longue histoire du chilet (1)

Début de l'histoire

Dès la préhistoire et pour des raisons de survie, l'homme a éprouvé le besoin d'imiter le cri des animaux. La chasse étant son seul moyen de se nourrir, il lui fallait pouvoir attirer les bêtes dans ses pièges. Pour cela après avoir observé les mœurs de ses proies, l'homme utilisa des appeaux naturels tels que feuilles, herbes, roseaux, conques, coquilles, os … pour imiter au mieux leurs cris.

On a ainsi trouvé parmi les objets mis à jour lors des fouilles de l'aven d'Orgnac (Ardèche), un bout d'os presque circulaire, percé en son milieu. Certains y voient le vestige d'un premier bouton, mais à quoi aurait-il servi alors ? , d'autres la trace d'un premier appeau, la présence d'un seul trou pourrait le confirmer, à moins que ce ne soit un élément de collier … Toutes les suppositions sont possibles.

Quoi qu'il en soit, la pratique très ancienne d'une chasse aux turdidés semble avérée. Ainsi celle-ci parait attestée par des découvertes faites lors de fouilles, sur des sites préhistoriques près de Dinant en Belgique (des ossements de diverses espèces de grives ont été découverts dans le Trou du Frontal, près de Furfooz) ce qui tendrait à prouver que l'homme préhistorique de cette région pratiquait déjà cette chasse. A l'aide de quels objets ? Là est la question.

Plus tard, et ce dès l'antiquité, l'homme a essayé en sifflant, en produisant des sons avec sa bouche ou encore à l'aide d'objets naturels d'attirer des oiseaux, toujours dans des buts de chasse car ces mets étaient très recherchés aux tables des riches notables, depuis les romains déjà !

Cette envie d'imiter le chant des oiseaux s'est développée ainsi au fil des temps, d'abord pour des besoins de chasse, puis, pour certains,  uniquement par plaisir, le plaisir de pouvoir communiquer avec des oiseaux.

Ainsi dans la région de Carpentras, bien connue pour ses berlingots, mais aussi pour son marché aux oiseaux qui était encore très réputé il n'y a pas si longtemps, un jeune garçon décida de mettre à profit sa parfaite connaissance des cris et des chants des oiseaux pour fabriquer à partir d'éléments naturels ramassés çà et là des instruments lui permettant d'améliorer sa technique de dialogue avec ses amis ailés. Noyaux divers percés, coquilles d'escargots, bouts de roseaux taillés et évidés, équipés ou non d'une anche, extrémités (calamus) de plumes d'oie ou de poule, tout est bon pour parvenir à ses fins et à force d'essais et d'améliorations, le garçon obtient des résultats. Devant son succès les chasseurs ne tardent pas à le solliciter, il faut alors songer à fabriquer en plus grande quantité ce qui jusqu'alors n'étaient que des objets personnels. C'est ainsi qu'en 1868, Théodore Raymond, c'est le nom du jeune homme, crée à Carpentras la première industrie des appeaux au monde.

Premiers appeaux créés par Théodore Raymond

 coquille escargot  vieux chilets

Cette coquille d'escargot percée est un appeau qui permet d'imiter certains perdreaux.

Un noyau d'abricot et une plume d'oie assemblés par un bout de ferraille permettent d'obtenir cet appeau au son proche de celui de la perdrix.

Un bout de roseau justement taillé donne un appeau pour le courlis.

Mais un appeau, qu'es acò ?

Étymologiquement appeau vient du mot appel, qui dans l'ancien français, faisait au nominatif singulier apels, apex, apax, prononcé apeu ou apau. L'appeau est donc un instrument qui sert à appeler.

En Provence cependant on ne parle pas d'appeau, mais de chilet. Ce mot provençal désigne l'instrument que l'on utilise à la chiliero (poste où l'on attire les oiseaux avec l'appeau) pour la chilo (chasse à la pipée).

Par extension le mot "appeaux" sert également à désigner les appelants, c'est à dire les grives en captivité, que l'on emmène au poste ; raison de plus donc pour parler de chilet lorsqu'on veut désigner le petit instrument qui nous sert à imiter le chant des oiseaux.

L'utilisation des appeaux contrairement à ce que l'on croit, est une tolérance. Leur usage est ainsi interdit dans plus de 40 départements et notamment en Corse par exemple, sauf pour la chasse au grand gibier où depuis janvier 2007, l'usage des appeaux est autorisé de partout en France.

Suite de l'histoire

Les premiers chilets sont donc fabriqués de manière artisanale dans un petit atelier, avec des éléments naturels assemblés. Inconvénient majeur cependant de ce petit artisanat, les objets ainsi fabriqués sont fragiles et sensibles au moindre changement atmosphérique ou à l'humidité produite par la bouche au cours de leur utilisation ce qui altère la qualité et la justesse des sons produits. Il fallut donc apporter des améliorations aux premiers modèles.

 chilets en corne

 

L'os et la corne sont privilégiés dans un premier temps, puisque ce sont des matériaux naturels que l'on peut se procurer assez facilement et qui sont somme toute fiables.

Plus tard, avec l'introduction du laiton comme matière première et la mise au point de machines-outils permettant des assemblages et des soudures précises, les chilets gagnèrent encore en solidité et fiabilité.

Chilet en os et chilets en corne de buffle

 

Au fil des temps et des générations, de nouveaux chilets virent le jour et aujourd'hui, l'arrière petit-fils, Bernard a pris la suite de ses prédécesseurs et ce sont plus de 85 modèles qu'il propose aux chasseurs, mais aussi aux cinéastes ou photographes animaliers, ornithologues, preneurs de son, bruiteurs de cinéma ou passionnés de la nature en tout genre, aux enseignants dont certains n'hésitent pas à utiliser des chilets pour des cours de musique, ou encore dans des centres de rééducation où l'on utilise les chilets pour faire travailler la mémoire auditive de certains enfants défaillants.

Patte esquinadePatte d'esquinade

A-t-on pour autant abandonné l'usage d'éléments naturels ?

Nullement.

Certains utilisent encore de nos jours un noyau d'abricot, soigneusement percé et évidé de son amande (ce qui est le plus dur) pour la grive musicienne ou encore la patte d'esquinade (araignée de mer) notamment pour la chasse du merle, en particulier dans le Var. Cette dernière permet de produire une note stridente à laquelle réagissent bien les merles mais aussi les autres grives, l'assimilant sans doute à un cri de détresse.

Rien d'étonnant à cela tant la chasse à la grive est une chasse naturelle, il est donc normal que l'on y emploie encore des éléments naturels en guise d'appeaux.

Nous verrons d'ailleurs par la suite que les chasseurs de grives ne sont pas à court d'imagination pour fabriquer leurs propres chilets ou améliorer les modèles existants pour les rendre encore plus performants.

 

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