AICO

Association d'Imitation du Chant des Oiseaux

Etudes scientifiques pour une chasse durable

CARTELL SOSTENIBLE

 Programme officiel

A l'occasion d'un colloque sur les chasses patrimoniales, se tenant à Vila-real (ESPAGNE), l'AICO en la personne de son secrétaire, Jean-Paul Florentino, a été conviée pour témoigner des chasses traditionnelles du bassin méditerranéen.

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Petit Tour d'horizon....

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Si vous vous promenez dans le Sud de l'Europe et plus précisément sur le pourtour de l'arc méditerranéen, vous pourrez rencontrer au cours de votre balade des structures étonnantes, perdues en pleine nature. Comme si des bâtiments, des couloirs ou des tours avaient été construits ou élaborés dans la nature par quelque architecte égaré. Ces créations sont le fait de ce que j'appellerai les Sculpteurs de la Nature.

Ces sculptures sont l'œuvre de chasseurs qui pratiquent des chasses prenant leurs racines dans la très lointaine antiquité.Témoin cette scène de chasse aux oiseaux décorant le Mastaba d'Akhethétep (tombeau d'un dignitaire) et datant de 2400 avant JC.

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Ces chasses traditionnelles se pratiquent depuis des siècles, dans 3 pays de l'arc méditerranéen : l'Italie, la France et l'Espagne, lieux de migration des oiseaux recherchés.image4

 

 

 

 

 

 

Des chasses dont l'objectif est d'attraper des oiseaux vivants pour les utiliser ensuite comme appelants. On utilise pour cela deux techniques de capture : le filet en Italie et les gluaux (petits bâtons ou brindilles enduits de glu) en France et en Espagne.

Pour attirer les oiseaux, les chasseurs utilisent des appelants mais aussi des appeaux, petits instruments qui permettent d'imiter le chant des oiseaux. Chilets en Provence, Chioccolo en Italie et Reclamo buccal en Espagne.

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Toutes ces chasses, tant les pratiques qui les entourent sont élaborées, relèvent d'un art cynégétique qui fait partie intégrante d'un patrimoine culturel propre à la Méditerranée et qui se transmet de génération en génération, depuis des siècles.

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Quelles sont les espèces concernées par ces chasses ?

La grive musicienne

La grive mauvis

La grive litorne

La grive draine

Le merle noir

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Toutes ces espèces font partie de ce que l'on appelle communément les grands turdidés.

Commençons donc notre voyage à la découverte de ces chasses patrimoniales.

Premier pays où l'on pratique l'une de ces chasses patrimoniales : l'Italie avec le Roccolo ou la Bresciana.
6 régions sont concernées, principalement dans le Nord et le Centre du pays

- La Lombardie
- la Vénétie
- le Frioul
- l'Émilie-Romagne
- la Toscane
- les Marches

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On trouve des traces du Roccolo dès le XIVe siècle dans la vallée de Brembana, province de Bergame (Lombardie). Il s'agit d'installations dominées par une tour ou un bâtiment élevé devant lequel est érigée une enceinte propre à attirer les oiseaux, cernée par un filet. L'objectif est d'attraper les oiseaux lorsqu'ils pénètrent dans l'enceinte.

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Au fil des décennies, les "sculpteurs" ont érigé de magnifiques Colisée, il est vrai que nous sommes au pays de la Rome Antique, dans la masse arbustive, dressant de véritables travées circulaires où les oiseaux n'hésitent pas à s'engager pour rejoindre l'arène centrale où l'on ne donne pas la mort !

Un travail de sculpture qui s’entretient d’année en année, au fil des saisons, comme si des bâtiments de végétaux avaient été édifiés dans la nature …

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Une chasse gérée par les régions où les captures sont réparties entre les différents chasseurs demandeurs pour servir d’appelants. Seules 4 espèces sont autorisées : grive musicienne, grive mauvis, grive litorne, merle noir.

Une chasse autorisée du 20 septembre au 31 décembre en fonction des espèces.

Deux régions priment dans sa pratique :

- la Lombardie avec 62 structures, 45 500 oiseaux autorisés, distribués à 25 800 chasseurs
- la Vénétie avec 52 structures, 15 600 oiseaux autorisés, distribués à 15 000 chasseurs

(données 2012)

Hors période de chasse, les filets sont relevés et les roccoli deviennent des haltes protectrices et de nourrissage pour les oiseaux de par leur conception.

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Notre voyage se poursuit en France et plus précisément dans le Sud-est où l'on pratique la chasse à la cabane ou au poste.

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5 départements de la région PACA sont concernés par cette pratique, seules les Hautes Alpes ne pratiquent pas cette technique : les Alpes-Maritimes, Les Alpes-de-Haute-Provence, le Var, le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône.

 

Héritée des Grecs et des Romains, une chasse populaire qui après le Moyen-âge s’est prolongée jusqu’à nos jours. Ainsi, déjà dans l'Antiquité on capturait des grives pour les engraisser et ensuite les déguster.
« Nil melius turdo » disait le poète Horace !

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De nos jours cette pratique a disparu mais on perpétue les mêmes gestes pour attraper des oiseaux vivants.

Alliant culture et tradition, cette chasse a été durant de longues années, et notamment du XVIIIe au début du XXe siècle, comme beaucoup de chasses populaires, un moyen de revenus économiques important pour les populations rurales.

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 Là encore, on peut découvrir au cours d'une balade dans les collines chères à Pagnol, des paysages étranges, comme si Le Nôtre avait esquissé ses jardins dans la nature !

Et le matin, avant le lever du jour, le cabanier ou la cabanière y perpétue des gestes ancestraux.
Un long travail de patience, d'espérance et de ruse chaque matin …

Une chasse pratiquée par 9 000 chasseurs sur la région, avec un maximum de prises autorisées de 78 000 oiseaux (avec des quotas départementaux), soit entre 8 et 9 oiseaux par chasseur. Une moyenne annuelle de 45 000 prises, en fonction des saisons.

Une période de chasse s’étendant du 1er octobre au 15 décembre.

Une chasse régie par un arrêté ministériel (17 août 1989) et des arrêtés départementaux annuels.

Dernière étape de notre voyage, l'Espagne, pays qui nous accueille aujourd'hui.

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Ici cette chasse s'appelle le parany ou la barraca, on remarquera au passage l'analogie dans l'appellation avec la cabane provençale.

Elle est autorisée dans 3 régions situées dans le Nord-est du pays : la Catalogne, l'Aragon et le Castellon.

image22Pour elle également, il faut remonter à l'Antiquité pour en retrouver les sources. Témoins ce fragment d'une amphore grecque, conservé au musée de Tarente, sur lequel on distingue nettement un arbre porteur de fruits (peut-être un olivier ou un caroubier ?) et des branches équipées de petites paillettes engluées sur lesquelles les oiseaux effrayés par la chouette viennent se prendre et tombent au sol, ainsi que cette illustration du Traité de chasse et de pêche et plus vraisemblablement des Ixeutika, qui porte sur la chasse aux oiseaux, écrit par Oppien d'Apamée, connu aussi sous le nom d'Oppien de Syrie, pour l'empereur Caracalla, au 3ème siècle après JC.

En y regardant de plus près vous découvrirez qu'il s'agit d'arbres, souvent centenaires, qui ont été sculptés à la manière d'une tour.

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En poussant plus loin votre curiosité, vous découvrirez que certains de ces arbres sont habités et qu'ils font même parfois partie intégrante de l'habitation du paranyer. C'est dire si cette pratique est profondément ancrée dans la culture régionale.

image25Au sommet des arbres, évoluant sur une passerelle, se tient la sentinelle qui dispose ses gluaux entre les créneaux, préparant ainsi la traque des oiseaux espérés.

Une chasse pratiquée du 12 octobre au 15 novembre par 4 500 chasseurs sur les 3 régions, avec un maximum de prises autorisées de 270 000 oiseaux, soit une moyenne de 60 prises par chasseur.

 

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Toutes ces chasses sont en parfaite harmonie avec la directive européenne (2009/147/CE article 9 paragraphe 1).

Elles respectent les critères énoncés :

  • conditions strictement contrôlées
  • sélectivité
  • petites quantités

Elles méritent le nom de chasses patrimoniales car plus que traditionnelles, elles font partie intégrante du patrimoine culturel de chacune des régions où elles sont pratiquées.

Les populations d’oiseaux concernées sont toutes classées en état de conservation favorable, voire même en extension (Bird Life International 2004).

 

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Les gens qui pratiquent ces chasses ancestrales sont des chasseurs qui vivent près de la nature au rythme des saisons et en parfaite harmonie avec elle. Ils méritent autant que d'autres le titre d'écologistes surtout qu'ils participent à l’observation des flux migratoires au travers de divers programmes scientifiques permettant ainsi d'approfondir nos connaissances dans ce domaine encore plein d'inconnues.

Comptages, baguages, prises d'indices sont autant d'activités qu'ils pratiquent en parallèle.

Comme l'étude de l'âge-ratio à partir des oiseaux prélevés lancée par la Fondation il Nibbio et relayée par l'AICO …

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mais aussi l'Observatoire Citoyen mis en place par l'ADCTG et l'IMPCF qui permet à chacun de noter au jour le jour les mouvements des migrateurs terrestres observés.

 

L'ensemble de ces données, couplé aux observations menées par OMPO sur les aires de nidification devrait nous permettre d'avoir une idée plus précise sur l'état de conservation de ces espèces ainsi que sur l'évolution de leurs habitudes migratoires.

 

 

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Des chasseurs qui ont dépassé le stade d'uniquement préleveurs pour devenir des gestionnaires d'un capital cynégétique dans le but d'une chasse durable.

" Travailler sur les intérêts sans toucher au capital ", telle pourrait être leur devise !

 

Cela n'exclut pas pour autant le plaisir de partager à l'occasion un bon moment de convivialité !

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